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L’Europe de Macron : un rêve qui devient réalité ?

TRIBUNE

Emmanuel Macron a depuis longtemps compris que la France a besoin de l’Europe. Le seul moyen d’aboutir à une véritable voix internationale se fera par le biais de la coopération et de l’unité avec les autres pays de l’Union. Ambitieux depuis le début de son mandat, notamment à travers le discours de la Sorbonne, les objectifs du Président ont souvent été caractérisés par leur idéalisme, ne prenant pas en compte les difficultés et les complexités bureaucratiques des institutions européennes. Pourtant, il semble bien que la vision macronienne devienne de plus en plus réalité. Au fur et à mesure des crises, que ce soit le coronavirus ou la réalisation du Brexit, les pays de l’Europe commencent à prendre conscience de la nécessité d’une voix européenne ferme et uniforme.  

Europe Défense : l’enjeu est de faire confiance à elle-même

Sur le plan de la défense, la Grande Bretagne a toujours été le partenaire de facto de la France. Après tout, ce sont tous deux des pays qui régnaient sur de vastes empires coloniaux, les seuls à avoir des armes nucléaires et à être membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. D’un point de vue stratégique, Emmanuel Macron va donc devoir se repositionner parmi ses partenaires européens afin de chercher un soutien militaire. Très tôt dans son mandat, il a affirmé un besoin de développer une défense véritablement européenne. 

La présidence de Donald Trump a représenté un renouvellement du débat sur la relation transatlantique. Même si son successeur Joe Biden a d’autres intentions, l’attitude du président américain envers l’OTAN et son mépris général pour les démocraties européennes (à part son affinité pour le dirigeant autoritaire hongrois), a fait que l’alliance avec les États-Unis n’est plus une priorité mais se fera en conjonction avec une défense européenne plus indépendante et solide. 

Ce fût remarqué lors de l’interview controversée du président français avec The Economist, durant lequel il déclara « la mort cérébrale de l’OTAN. » Le but est clair: des ressources de défense, des capacités de prévention et d’intervention européenne. Le sujet est lourd et avance par petits pas tout de même encourageant. Le Service Européen d’Action Extérieure (le SEAE) décrit des projets comme le programme de développement industriel européen ainsi qu’une évaluation des axes stratégiques importants. La volonté d’une Europe qui peut se défendre de manière autonome devient plus forte, une vision propulsée par Emmanuel Macron. 

Le défi se pose alors avec une Allemagne toujours réticente qui s’explique par son histoire. Angela Merkel limite l’action de Macron sur les questions de défense, toujours guidée par la prudence et sa volonté de rester proche de la structure de l’OTAN, la défense allemande étant entièrement basée dessus. Cependant, la position allemande change avec la réalité de la sortie britannique. L’évolution lente et constamment remise en question de la défense européenne, montre une Allemagne qui serait prête à accepter une souveraineté européenne dans ce domaine. La fin imminente de l’ère Merkel dictera la continuation de ces efforts. 

Pour l’instant, c’est le budget de défense commun de l’Europe qui est le témoignage d’un effort de coopération plus étroit. Emmanuel Macron envisage une Europe qui a la capacité de tenir tête aux forces militaires internationales. Pour cela, il faut imprégner l’Union de la même confiance que ressent le président français envers l’unité de l’Europe. Même si ce rapprochement est fait, ce qui manque c’est une légitimité géopolitique. Lorsqu’elle est défiée par des pays qui ne partagent pas ses valeurs démocratiques, l’Europe perd souvent ses moyens. La Chine, la Turquie et la Russie savent manipuler les faiblesses des Européens. Seule leur disparition pourrait consolider la compétence européenne. L’Europe ne peut donc faire confiance qu’à elle-même et il est temps que les appels de Macron se traduisent en action concrète. 

La COVID-19 renforce l’urgence de ‘penser européen’

La menace que représente le coronavirus pour la situation économique européenne n’inspire guère  confiance. En 2020, 32 millions d’européens se sont retrouvés au chômage partiel avec peu d’espoir de retrouver un emploi une fois la pandémie passée. Cependant, le virus a permis la consolidation d’une voix européenne unifiée et de fournir la preuve que l’Union a bien la capacité de trouver des solutions communes.

Le plan de relance européen, voté en mai 2020 par le Conseil, promet 750 millions d’euros aux membres de l’Europe. Ceux qui souffrent le plus auront accès à un prêt, qui sera remboursé par les autres pays. C’est alors une dette commune qui s’installe en Europe, ce qui renforce l’idée que l’économie forte de l’Europe peut servir à tous. Même s’il a fallu une urgence sanitaire pour y arriver, l’Europe a réussi à progresser malgré le défi du coronavirus ainsi que du Brexit dans l’année 2020. 

Une économie plus puissante, c’est le discours d’Emmanuel Macron. Certes, il y a le conflit americano-chinois à prendre en compte. La montée des tensions économiques entre les pays, surtout par rapport aux tarifs, renforce l’urgence d’une stabilité européenne. Macron est conscient du besoin de rester compétent dans un marché international qui fluctue et qui reste imprévisible. Dans ce contexte aussi, l’innovation européenne doit continuer à s’affirmer afin de prendre toute la place qui lui revient au niveau mondial. 

Le conseil européen de l’innovation, fortement soutenu par la France, se chargera de promouvoir les risques pris par les entreprises et le développement de technologies européennes. Ceci se joindra à un projet pour la protection des données européennes, à travers la construction d’un “cloud” européen, qui stockera les données commerciales des pays membres afin de renforcer sa compétitivité. Le résultat devrait être comparable à un marché commun digitale, une première mondiale dans l’affirmation de la souveraineté technologique. L’Europe ne manque donc pas de projets pour soutenir et promouvoir son économie. Reste à voir si ces projets pourront aboutir, et si les pays peuvent continuer leur rapprochement. 

La France, grand pays de la protection sociale, n’oublie pas les considérations pour l’amélioration des conditions de vie européennes. Là aussi, Emmanuel Macron propose une vision intégrée. Le bouclier social, comme il l’appelle, comprend un salaire minimum pour les européens. Peu importe le pays de travail, les travailleurs seront payés de façon égalitaire.

Est-ce suffisant? La crise du coronavirus continue de montrer une vision de distribution parmi les pays membres. La distribution du vaccin sera aussi un indicateur des capacités européennes à assurer une vaccination de toute sa population. Les doses de vaccination ne seront pas seulement distribuées aux pays les plus riches, mais de façon à ce que toute l’UE ait accès aux soins médicaux. Une Union égalitaire pourrait continuer avec la distribution équitable du vaccin, non le “chacun pour soi” qui règne lorsqu’une population est en danger. 

C’est là que le progrès doit résider. Il ne faut plus penser en termes nationaux, mais plutôt penser européen. Emmanuel Macron présente un important symbole pour ce courant de pensée. En faisant de l’Europe une priorité, c’est en fait l’État national que l’on protège et promeut, car il n’est plus possible d’agir seul dans ce monde. 

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