La France n’a plus d’excuses en Algérie

TRIBUNE

« Ni de repentirs, ni d’excuses », déclare Emmanuel Macron au sujet de l’Algérie. Des mots inacceptables qui semblent transmettre la continuation du déni trop souvent remarquée parmi la classe politique française. Presque 60 années sont passées depuis la fin de la guerre d’Algérie. 60 années où le passé coloniale de la France a basculé entre réconciliation et contestation. Ce n’est que récemment que la violence et les crimes de la France en Algérie ont été reconnus. Avec cette reconnaissance, il est impératif que la France montre une volonté de reconstruire les relations avec l’Algérie. Le discours du Président envers le passé encore non-résolu avec l’Algérie est bien plus provocateur que utile. Certes, Macron a commandé un rapport historique sur l’ancienne colonie mais elle mériterait d’être accompagnée par plus de remords afin d’exprimer une véritable volonté de réconciliation.

Benjamin Stora, l’historien chargé du rapport sur la réconciliation de la mémoire, a remis son rapport au Président de la République le 20 janvier. Il vise à reconnaître les motivations de la France ainsi que les groupes touchés par cette guerre en privilégiant l’éducation, la culture et la compréhension de l’autre. Ceci est un symbole fort: les archives sur la colonie et la guerre ont longtemps été fermées où non accessibles par les chercheurs, notamment sur les disparitions des civils durant le conflit. L’étude qu’a faite Stora sur l’Algérie est une première pour son contenu mais aussi pour l’échelle du travail. C’est une occasion de faire la lumière sur un sombre passé et de prendre responsabilité pour les actes barbares commis pendant la colonisation et dans la guerre d’indépendance algérienne.

De plus, la France est curieuse sur son identité, sur ce que l’Histoire peut apporter comme explication sur l’état actuel du pays. Deux, trois et même quatre générations d’Algériens sont présentes en France. Au fur et à mesure que celle qui a vécu la guerre d’Algérie disparaît, il est d’autant plus important d’écrire ces évènements, de comprendre ce que cela a impliqué et ce que cela continue d’impliquer aujourd’hui.

Macron admet que les faits de la France en Algérie continuent de provoquer la rancœur parmi la communauté algérienne. Pourquoi donc refuser des efforts plus complets ? Si l’Algérie souhaite des excuses, ce serait une partie importante du travail fait. Accessoirement, cela pourrait être une voie importante pour comprendre la montée de l’extrémisme dans le pays. Il est donc essentiel d’aboutir à une reconnaissance des torts français afin que cette génération puisse développer une identité algéro-française qui tient compte de la souffrance de leurs ancêtres.  Emmanuel Macron fait partie de la première souche politique née après la guerre d’Algérie. Il y aurait donc un certain détachement, une élimination des tabous qui permettent une conversation honnête et objective sur le sujet. Alors, les horreurs de la période coloniale peuvent maintenant faire partie de la réalité historique française. 

Certes, la France doit faire d’énormes efforts pour la mémoire historique. Néanmoins, il reste important d’incorporer le vécu algérien. C’est dans ce but qu’un dialogue entre Benjamin Stora et l’historien algérien Abdelmadjid Chikhi est entretenu. Ce dernier est président des archives algériennes et doit rendre un rapport sur la perspective de son pays. Alors que le côté algérien souhaite une excuse de la part de la France, Stora insiste sur la réconciliation à travers le travail bilatéral et propose des solutions concrètes afin de progresser. Il est important de tenir compte de la nature du travail de Stora: il est historien et non politicien. La politique du symbole se ferait bien par le repentir. Y-a-t-il un symbole plus fort ? 

Une liste complète est présentée par l’historien français. Celle-ci comprend l’initiative historique de la commission jointe sur la vérité et la mémoire, un musée sur l’Histoire franco-algérienne et une collection d’archives tenue par les deux pays et ouverte au public. De plus, un mémorial à Amboise pour le dirigeant militaire Emir Abdelkader qui a combattu contre l’invasion coloniale de la France au 19e siècle. Ensuite, la reconnaissance de la responsabilité pour la torture et le meurtre de l’avocat Ali Boumendjel sur ordre du commandant Paul Aussaresses, et la localisation des sites où des prisonniers algériens ont été exécutés et enterrés. Enfin, la France devra intégrer son Histoire avec l’Algérie dans ses programmes scolaires et la création d’une association pour la jeunesse franco-algérienne. Ceci est un effort nécessaire pour une jeunesse trop souvent mise de côté et ignorée par les gouvernements successifs. 

La France a torturé, tué, exécuté, brûlé et exploité en Algérie. Ces crimes contre l’humanité existent différemment dans l’esprit français et algérien. Afin de continuer, d’aller au-delà entre les deux pays il faut parler, réfléchir, entendre, comprendre et analyser. Emmanuel Macron ne présente pas ses excuses au peuple algérien, mais il devrait. Trop d’algériens ont souffert, non seulement pendant la colonisation et la guerre, mais aussi depuis leur immigration en France. Malgré son appartenance à une nouvelle génération politique, le Président continue une tradition où le sujet est à moitié abordé. Le travail historique est essentiel, certes. Mais est-ce que le peuple algérien lira un rapport qui comprend de profondes analyses sur leurs souffrances ?

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