Affaire Adecco : la discrimination raciale à l’embauche reste un fléau dans notre société

TRIBUNE

Les sociétés divisées présentent des inégalités à tous les niveaux. Le marché du travail n’est en aucun cas une exception. Il se trouve qu’en France, la population maghrébine a un taux de chômage trois pour cent plus élevé que la population blanche. Ceux qui sont dans le marché du travail sont essentiellement dans le secteur de la construction ainsi que les services domestiques. La question de la rémunération est également importante. Les travailleurs d’origines maghrébines reçoivent des salaires plus faibles que les travailleurs « blancs ». Il semble que la liberté et l’égalité ne s’appliquent pas dans le domaine de l’emploi.

Cette injustice sociale a été illustrée dans l’affaire Adecco, qui a refait surface à la fin du mois dernier. En mars 2001, SOS Racisme et la Maison des Potes déposent une plainte de discrimination contre le géant de l’intérim Adecco. Un ancien employé de l’entreprise suisse dénonce un système d’embauche qui discrimine selon la couleur de peau et l’appartenance ethnique.

Ce fichage racial de plus de 500 personnes concerne un système où l’individu est mis dans la catégorie « PR4 » . Ceci veut dire que la personne est automatiquement disqualifiée d’emplois tels que commis de salle ou chef de rang dans des restaurants. Pour ces tâches, les clients de l’agence souvent faisaient appel exclusivement à des « BBR », c’est-à-dire des « bleu, blanc, rouge », autrement dit, des « français blancs » . 20 ans après que l’аncien employé a déposé sa plainte, Adecco est finalement renvoyé en correctionnelle.

La discrimination systématique de la part d’Adecco, et le temps écoulé avant le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris, est une véritable honte. Cette histoire reflète une hiérarchie qui est présente dans la société française plus largement mais qui se traduit aussi dans les échelons des entreprises et du monde du travail. Il est déjà très difficile de trouver un emploi en France mais si vous n’êtes pas blanc, votre profil est en bas de la pile, sans aucune réflexion.

Maintenant, mettez-vous à la place d’un homme qui, en dépit des barrières érigées, a réussi à obtenir de hautes qualifications et se trouve maintenant dans un poste de conseiller en banque privée chez BNP Paribas. Au-delà de son master en ingénierie financière, l’homme est également trilingue en français, anglais et arabe et a travaillé à la Banque Nationale du Canada. Néanmoins, cela ne suffit pas. M.B. (sous anonymat) a une carrière qui stagne. En 2010, il se porte candidat pour 15 postes. Il reçoit une réponse négative chaque fois, sans même se voir accorder un entretien. On lui propose des postes qui sont en dessous de son grade, même une expatriation au Maroc où il ne travaillerait plus pour la Banque. En plus de cela, son salaire est sous-évalué par rapport à ses collègues, malgré le fait d’avoir rapporté plus de 1300% de chiffre d’affaires de la part de sa clientèle.

Que faut-il donc faire de plus pour obtenir le succès professionnel ? Les inégalités sociales sont l’un des plus grands obstacles. Avec moins de moyens que la population blanche, il y a moins de chances de parvenir à l’université, donc le cycle de discrimination et de manque d’opportunité continue. Pourtant, si on réussit à surmonter les obstacles au succès, il n’y a aucune garantie que cela facilite la carrière d’un individu de race « non blanche » . Les candidats d’origine maghrébine reçoivent 25% de réponses négatives à une candidature. Le gouvernement fait des rapports, les entreprises développent un discours d’inclusion et de diversité, mais rien ne change de manière tangible. Sept entreprises sont pointées du doigt en 2020. Parmi elles se trouvent Air France, Accor Hôtels et Renault.

Comme d’habitude, la rhétorique ne se traduit pas dans les faits. Pourtant, il y a suffisamment à faire, à construire et à changer. Il faut aller au-delà des quotas d’embauche. Repenser la manière dont on recrute, dont on évalue les profils, dont on intègre une personne dans l’entreprise. De façon plus fondamentale, il serait important d’introduire des formations anti-racistes. La France a un problème de discrimination. Trop souvent, les victimes n’ont pas les moyens ni le courage d’engager des poursuites judiciaires. L’exemple d’Adecco est fondamental : il montre l’inefficacité qui persiste dans notre système judiciaire face aux pratiques barbares de discriminations raciales à l’embauche.

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