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Violences entre adolescent.e.s : où sont les aides pour les jeunes défavorisé.e.s ?

TRIBUNE

Le début de cette année 2021 a été marqué par une hausse des violences entre bandes d’adolescent.e.s. Tout commence avec le meurtre de Yuri à Paris en janvier : le garçon de 15 ans est battu à mort par d’autres élèves. Puis les incidents se multiplient. Le 22 et le 23 février, c’est en Essonne que deux jeunes sont tué.e.s, Lillibelle et un autre garçon de 14 ans. Le 8 mars à Champigny et dans le Val d’Oise, une fille est retrouvée morte et d’autres sont grièvement blessées. Les rixes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes. À regarder de plus près sont les conséquences de la pandémie et l’usage des réseaux sociaux par la jeunesse. L’absence du gouvernement dans les communautés défavorisées, surtout à l’égard des enfants, est à noter lorsque ces violences sont analysées. 

La pandémie et les confinements successifs voient une hausse de l’utilisation des écrans, surtout chez les plus jeunes. Non seulement plus de temps est passé sur ces plateformes mais l’âge où l’enfant a accès à un portable, un ordinateur ou une tablette diminue de plus en plus. Sans éducation digitale, ni de notion de comportement en ligne, les enfants sont exposé.e.s au monde d’Internet souvent sans restriction. Alors le harcèlement, la violence et le ciblage d’autres jeunes peuvent prendre place.

En plus, les journalistes et commentateurs pointent du doigt les réseaux sociaux, où la banalisation de la violence se transmet avec aisance. Un nouveau phénomène que permet Internet est le livestreaming et le commentaire en direct des affrontements. Les sociologues pointent du doigt une volonté d’affirmer la force d’une bande, un message qui est plus facilement diffusé sur Instagram que dans la cour de l’école.

C’est donc une virilité très toxique que ces adolescent.e.s souhaitent partager avec leurs publics. Sans que ce soit tout le temps le cas, ces incidents impliquent surtout des garçons avec pour but d’affirmer leur masculinité afin d’atteindre un certain statut de force et de bravoure. Les réseaux sociaux sont un moyen très efficace d’affirmer une réputation et sa supériorité face à d’autres groupes. 

Il est impératif de critiquer, dans ce contexte, le manque de réactivité du gouvernement s’agissant de zones trop souvent délaissées par le monde politique. Les communautés économiquement défavorisées souffrent en effet fortement des conséquences du COVID-19, sans parler du chômage chez les adultes. Or, les services publics, notamment ceux qui s’occupent des enfants et des adolescent.e.s, ont été écartés. Le combat contre l’échec scolaire et social doit continuer d’être une priorité politique afin que les jeunes ressentent moins de frustration et de colère envers leurs situations. La plupart des personnes qui sont impliquées dans ces rixes sont en situation de précarité ou de difficultés. 

On se demande alors où sont les aides pour les jeunes : le conseil social ou celles et ceux chargé.e.s de la protection de l’enfance. Au début mars, une centaine de professionnel.le.s de l’éducation ont fait des propositions afin de combattre la hausse de ces violences.

Selon elleeux, il conviendrait de créer plus de postes de médiation dans les zones à difficultés, mais aussi de mettre en place une éducation à la non-violence. Ils soulignent notamment le grand besoin de se concentrer sur les solutions psychologiques, et donc d’augmenter les moyens pour la pédopsychiatrie. L’accès aux soins psychologiques ne devrait pas être limité à celles et ceux qui en ont les moyens. Trop souvent, les problèmes psychologiques chez les jeunes sont ignorés et finalement exprimés par le seul biais de la violence. Ce sera encore plus le cas après la pandémie. La santé psychologique des jeunes doit être reconnue comme un sujet d’importance, et les moyens adéquats dégagés. 

Les rixes entre bandes rivales n’est en aucun cas un phénomène nouveau, malgré ce qu’en dit la panique des médias français ainsi que des figures politiques. Ces violences sont souvent une manière pour de jeunes membres d’une bande de se prouver aux plus âgé.e.s, une façon de se sentir intégré.e dans une communauté qui est autant géographique que identitaire.

Il faut tout de même tenir compte de la grande anxiété et la frustration qu’éprouvent les adolescent.e.s. Il y a en ce moment, surtout avec les annonces de restrictions, de moins en moins de lieux de socialisation et de rencontre pour une population qui est en pleine découverte du monde adulte. Lorsque le mouvement et les contacts sont restreints dans la manière que nous connaissons depuis maintenant un an, il peut être difficile d’envisager des solutions. La montée d’agression envers les autres, surtout lorsqu’il est possible de qualifier un.e ennemi.e, peut être comprise par l’intersection de ces multiples facteurs. 

La violence, souvent au point de la mort, est un phénomène extrêmement inquiétant. Les parents, les éducateur.rice.s et le gouvernement ont un rôle à jouer. C’est en donnant une structure aux jeunes, de leur apprendre à utiliser leurs consoles de jeux, leurs portables et leurs comptes sur les plateformes sociales que leurs comportements peuvent être changés. C’est aussi une question de compréhension, de pouvoir écouter leurs inquiétudes, leurs angoisses et leurs désirs. Au lieu de semer la panique, il vaudrait mieux recentrer la discussion sur l’allocation des ressources du gouvernement, assurer que les jeunes en difficultés aient de l’aide et qu’iels sachent où aller lorsqu’ils sont en situation de détresse.


Crédit d’image: SnappyGoat.com

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