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Une nouvelle loi criminalisant l’activisme climatique : jusqu’où ira l’autoritarisme de Macron ?

TRIBUNE

La France est souvent connue pour la fréquence et l’intensité de ses manifestations. C’est un pays, soi-disant, qui respecte la liberté de s’exprimer, surtout d’exprimer son mécontentement. Tout ceci risque de changer rapidement dû à l’adoption récente de la loi qui vise à adapter le droit français au droit européen, plus précisément dans les domaines du transport, de l’environnement, de l’économie et de la finance. Un article créant un nouveau délit d’intrusion sur les pistes d’aéroport y a été inséré.

Il faut tout d’abord porter l’attention sur comment cette loi est passée. Elle n’a eu aucune deuxième lecture au Parlement, qui est pourtant un élément clé de la législation française. De plus, elle n’a été discutée que dans le cadre d’une réunion fermée entre sénateur·rice·s, et député·e·s. Il est impératif de condamner la manière dont le gouvernement a ‘introduit’ cette nouvelle loi, en omettant toutes les procédures traditionnelles qui visent à légitimer les nouvelles législations.  

C’est un secteur d’activisme très précis que vise une partie de cette loi. Concrètement, elle cherche à durcir les sanctions pour les militant·e·s climatiques qui s’instruisent sur les pistes des aéroports pour condamner la politique aérienne du gouvernement.  Parmi les quarantaines des articles de ce projet de loi, l’article 10 souligne que toute personne s’introduisant illégalement sur une piste d’aéroport pourra être punie de « six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende ». Commise en réunion, l’infraction pourrait emporter une peine d’un an de prison et 15 000 euros d’amende. 

Ces dernières années ont vu une hausse de ce genre de mobilisation en France. En octobre 2020, 40 activistes ont été arrêté·e·s à l’aéroport de Roissy. Leur plainte – la construction du nouveau terminal T4 qui a pour but d’augmenter le trafic aérien. Ensuite, en mars 2021, plusieurs militant·e·s de Greenpeace ont repeint un Boeing d’Air France en vert afin de critiquer le vrai manque d’ambition du projet de loi climatique français et le greenwashing général du gouvernement. 

La présidence actuelle est, il semble, surtout inquiétée par l’économie de marché. Elle passe avant tout et en dit long sur le point de vue strictement économiquement libérale.

Certes, il est important de développer une économie verte avec des emplois qui facilitent la transition écologique. Cependant il reste vital de réduire les émissions dans les secteurs qui polluent le plus, dont l’aérien. Il faudrait encourager les français·e·s à prendre le train, par exemple, en baissant les prix exorbitants de la SNCF. 

Il faut le dire, la France est assez hypocrite sur le front climatique. Malgré la volonté apparente à travers les promesses et les projets de loi, l’aide donnée par le gouvernement au secteur aéroportuaire – notamment la retardation du prélèvement de nombreuses taxes et redevances – pendant la pandémie va vraiment à l’encontre de nos besoins environnementaux. 

Les critiques de cette loi ne s’arrêtent pas là cependant. Elle a réussi à rediriger une partie de son intérêt vers la punition des militant·e·s pour le climat. Ce texte est extrêmement répressif et en dit long sur le comportement et des intentions du gouvernement de Macron. Il suffit de regarder la loi sur la sécurité globale pour se rendre compte de l’autoritarisme que promeut le gouvernement actuel. Un amendement à l’article 24 prévoit dans le code pénal un nouveau délit de provocation à l’identification d’un policier ou gendarme en opération :

Article 226-4-1-1 – La provocation, dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, à l’identification d’un agent de la police nationale,  d’un militaire de la gendarmerie nationale ou d’un agent de la police municipale lorsque ces personnels agissent dans le “cadre d’une opération de police est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

On peut aussi dénoncer des activités extrêmement intrusives telles que les caméras piétons, l’extension de l’utilisation de la vidéosurveillance, ainsi que le déploiement de drones. 

Alors Macron : homme de gauche ou de droite? Il aime se positionner ni d’un côté ni de l’autre mais vire de plus en plus vers une droite qui adopte des caractéristiques qui enfreignent la liberté du peuple.  Au lieu de prendre ses critiques de manière constructive, essayer d’améliorer sa politique climatique, le président de la République préfère se concentrer sur la répression, de diminuer la liberté d’expression ainsi que de manifestation. Les émissions provenant du trafic aérien sont un vrai obstacle si la France veut atteindre ses buts climatiques. Et ce n’est pas en réduisant au silence les militant·e·s que la planète sera sauvée.


Crédit d’image : Wikimedia Commons

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