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Violences sexuelles sur mineur·e·s : plus de 216 000 victimes de l’Église

REPORTAGE

La Commission Indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) a récemment publié son rapport sur les violences sexuelles, et l’environnement qui les aurait facilitées, au sein de l’Église. Cela succède au très documenté rapport de l’Inserm et l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) d’environ 500 pages. Il s’agirait de 216 000 victimes mineur·e·s entre 1950 et 2020, agressé·e·s par des prêtres, des diacres ou par des religieux. Une estimation donne à chaque agresseur une moyenne de 36 victimes. Ce sont des chiffres peu croyables et extrêmement inquiétants. 

La CIASE a été créée par la Conférence des évêques de France en 2018. Les psychiatres, psychologues, juristes et autres ont travaillé pendant deux ans et demi de façon bénévole. Le but de leur mission : mettre en avant les voix des victimes. Ils ont fait cela en lançant des appels aux victimes à partir de 2019 par le biais d’une plateforme téléphonique. Des entretiens plus extensifs ont également eu lieu ainsi que la participation d’une variété de spécialistes.

Malgré les efforts énormes de cette enquête, il est évident que la totalité des victimes n’a pas pu être atteinte. En effet, Véronique Margron, de la conférence des religieux et religieuses (Corref), exprime son choc à la hauteur du chiffre, tenant en compte que les départements d’Outre-Mer ne sont pas inclus. 

L’enquête n’avait pas seulement comme intention de donner un nombre précis aux actes de violences sexuelles. Elle tentait aussi de trouver et d’analyser les mécanismes qui ont permis à ces actes innommables de se produire de manière aussi fréquente.

Le rapport permet donc de comprendre que plusieurs logiques institutionnelles tel que la construction du pouvoir au sein du clergé ont permis le développement et la continuation de ces pratiques criminelles. François Devaux, une victime qui s’est exprimé à une conférence de presse, dénonce le mécanisme systématique au sein de l’Église ainsi que la manière dont les premières alertes ont été entièrement discréditées par l’institution religieuse. 

Il est pertinent de regarder la manière dont ces faits ont changé avec le temps. Des années 1950 jusqu’à 2020, la place de l’Église dans la société a énormément changé. La période où l’enquête débute voit une institution catholique qui a une large emprise sur la société. A partir des années 2000, l’Église catholique devient un acteur minoritaire dans la société. Cependant, ce rapport prouve que son hypocrisie et sa réticence au changement reste une réalité. Le clergé, cette institution qui s’est rapidement proclamé en faveur de la ‘Manif pour Tous’, et qui a longtemps dicté les soi-disant morales sexuelles et familiales. On ne cesse de voir à quel point le discours extérieur prescriptif de l’Église contredit l’attitude de ‘laissez-faire’ vis-à-vis des actes criminels des membres religieux.

Les situations d’abus sexuels renvoient à des violences systémiques bien plus qu’à des “inconduites individuelles”.

L’enquête de L’Inserm

Peut-être un des aspects les plus importants de cette enquête serait la continuation de la domination masculine au sein de l’Église. Ce n’est pas un secret que l’Église est une institution principalement masculine – que ce soit dans sa culture ou dans ses structures. La nécessité de changement dans ce domaine devient de plus en plus évidente.

A ce titre, le groupe “Toutes Apôtres” déclare vouloir une plus grande place pour les femmes au sein de l’institution. Ceci concerne l’accès a la gouvernance des paroisses ainsi que l’accès aux différents ministères ordonnés. Les associations catholiques françaises, cependant, ne sont pas prêtes à changer et déclare suivre les recommandations du pape dans ce domaine.

Enfin, il reste à mentionner la réponse officielle de la Conférence des Évêques. Lors d’une conférence de presse, Mgr Éric de Moulins-Beaufort demande pardon aux victimes des violences sexuelles commises par les membres de l’église et assure que des actions sont d’ores et déjà à l’œuvre tel que la réforme pénale canonique. Il semble, pourtant, que cette réaction n’est pas à la hauteur du choc provoqué par l’enquête. Espérons que mieux est à suivre. 


Crédit d’image : Flickr

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